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75  Maison de vétérans

Source : Isabelle Bisson-Carpentier.
Photo (RC) : 2340, rue Sicard.

Cette petite maison unifamiliale, aussi appelée « maison de vétérans1 », a été construite en 19462 d’après un plan de la Wartime Housing Limited. Cette compagnie de la Couronne a été créée par le gouvernement fédéral en 19413, pendant la Seconde Guerre mondiale. Ses objectifs sont d’aider à contrer la pénurie de logements qui frappe alors durement le pays et de loger les ouvriers qui travaillent dans les industries de guerre4. Après la fin de la guerre, les maisons de la Wartime Housing sont mises sur le marché, la priorité d’achat étant alors donnée aux vétérans5.

«  Les petites maisons de la Wartime Housing représentent avant tout une réponse pratique à des nécessités qui confinent à la survie ; ce sont, en quelque sorte, des casernements unifamiliaux conçus pour satisfaire aux besoins premiers des travailleurs essentiels à l’industrie de guerre, de sorte qu’ils puissent fournir un rendement optimal. Dans un tel contexte, les installations sont les moins coûteuses qui soient, toujours en atteignant les standards de confort de l’époque : les bâtiments disposent des services d’électricité, d’aqueduc et d’égout, une cuisinière au charbon sert à la fois au chauffage et à la préparation des repas, les intérieurs sont peints, mais en deux couleurs seulement, soit le gris et le beige. »6

Notons que les maisons de la Wartime Housing Ltd. ont, au départ, un caractère temporaire. En effet, ces bâtiments sont conçus pour être facilement démontables7. Ainsi, les modèles originaux de la Wartime n’ont pas de cave8. À l’évidence, la maison de la rue Sicard en possède une, en béton, qui a probablement été ajoutée après sa construction. En effet, plusieurs maisons voisines, construites au même moment, ne possèdent pas de cave.

Après la guerre, les modèles de la Wartime Housing Ltd sont utilisés par différentes entreprises de construction domiciliaire qui veulent rejoindre une clientèle aux moyens financiers modestes, mais désireuse de posséder une maison unifamiliale9.

Vous remarquerez que la maison située au 2340 de la rue Sicard a été construite en série et qu’on en trouve de nombreux exemples dans ce secteur. L’intérêt particulier de celle-ci est son excellent état de conservation extérieur. En effet, il s’agit certainement du plus fidèle exemple de l’apparence originale de ce modèle de maison. On note la présence de bardeaux d’amiante comme recouvrement extérieur, un élément d’origine qui a été remplacé par des matériaux plus modernes sur la plupart des autres maisons de ce type. De plus, contrairement à plusieurs autres maisons élevées d’après le même plan, on n’a pas ajouté de fenêtres au rez-de-chaussée, du côté ouest.

L’architecture des maisons de la Wartime Housing est inspirée du style Cape Cod, en vigueur à l’époque coloniale en Nouvelle-Angleterre. «  Ce modèle a de nombreux points communs avec la cabane du colon de la Nouvelle-France ou avec la maison de colonisation du XIXe siècle; il s’agit encore et toujours de « maisons minimales » construites dans des contextes de survie. »10. En somme, cette maison est d’allure très modeste. L’ornementation y est réduite au strict minimum et les fantaisies stylistiques n’y ont pas leur place. On remarque tout de même la présence d’un toit à deux versants droits et un petit porche qui protège la porte.

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1. Expression utilisée dans le document Évaluation du patrimoine urbain de l’arrondissement de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, p. 32. Lié au plan d’urbanisme de la Ville de Montréal, disponible en ligne : http://ville.montreal.qc.ca/portal/page?_pageid=2761,3098739&_dad=portal&_schema=PORTAL
2. Rôle d’évaluation foncière, Ville de Mtl, 2007-08-09. En ligne : http://ville.montreal.qc.ca/portal/page?_pageid=3077,3528875&_dad=portal&_schema=PORTAL 3. Site Internet de La maison Lamontagne, qui est un centre d'interprétation de l'architecture domestique du Québec situé à Rimouski. : http ://www.maisonlamontagne.com, section « Wartime Housing et bungalow, le lieu ».
4. Évaluation du patrimoine urbain de l’arrondissement de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, p. 32.
5. Site Internet de La maison Lamontagne.
6. Site Internet de La maison Lamontagne.
7. Lucie K. Morisset (1998). Arvida, cité industrielle. Une épopée urbaine en Amérique. Québec : Septentrion. Page 181.
8. Idem.
9. Évaluation du patrimoine urbain de l’arrondissement de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, p. 32.
10. Site Internet de La maison Lamontagne.

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